LA JONQUERA

Bienvenue à La Jonquera, petite ville aux allures d’un Las Vegas « cheap ».
Ici, tout se vend à bas coût, 365 jours par an.
Nichée au pied des Pyrénées dans le contrefort du massif des Albères, elle fait partie de la commune espagnole de Catalogne de la province de Gérone.
La Jonquera est un lieu de passage et l’a toujours été, les 3200 habitants y vivent du commerce frontalier. Déjà à l’époque Romaine, la voie Domitienne qui traverse les Pyrénées au col du Perthus et la voie Augusta s’y rejoignent.
Mais c’est le traité des Pyrénées signé en 1659 qui marque l’histoire de la ville, le Roussillon cédé à la France par l’Espagne fixe la nouvelle frontière suivant la chaine des Pyrénées et faisant de la Jonquera un village frontalier.
Aujourd’hui le surnom de La Jonquera c’est « le bordel de l’Europe ». L’ultra libéralisme, le commerce de masse dans ce qu’il a de plus racoleur et violent. On s’y arrête en famille pour profiter des prix bas qu’offre toujours la frontière. Mais en ville c’est avant tout l’alcool,
le tabac, l’essence, le sexe tarifé et la drogue qui en font la renommée.
En 1993 lorsque le phénomène douanier a cessé avec l’entrée dans le marché commun européen et l’ouverture des frontières, la Jonquera a dû se réinventer. A cette période le chômage monte rapidement à plus de 30%.
Sentant bien le vent tourner, les frères Escudero en ont profité pour multiplier les investissements. Ils rachètent à tours de bras et à prix cassés des supermarchés et des terrains à bâtir.
C’est à ce moment là que la ville est devenue un immense supermarché low-cost, une horreur commerciale, la victoire de la marchandise et de la consommation, une ville hangar perdue dans les Pyrénées. Avec comme façade la plus glauque la prostitution de masse.
Lorsque j’étais enfant je voyais ces femmes sur le bord de la nationale et les bordels existaient déjà, tout comme le commerce frontalier, mais en 15 ans j’ai vu s’installer et s’ériger des temples de la consommation et des temples dédiés au sexe tarifé. Toujours plus grand, brassant toujours plus de monde, modifiant le paysage et les consciences.
En 2002, la communauté autonome de Catalogne reconnaissait les bordels comme des clubs,
ou « s’exercent des activités à caractères sexuelles ».
Il existe 34 puticlubs dans la province de Gérone, le plus controversé et le plus tristement célèbre se nomme le Paradise, autoproclamé plus grand bordel d’Europe.
95% des clients qui fréquentent les puticlubs de la région sont français, on vient de tout le grand sud pour s’encanailler à la frontière.
La prostitution aussi a changé en 15 ans, les prostituées ne sont plus espagnoles, mais roumaines, bulgares, russes, ukrainiennes, brésiliennes, nigérianes, souvent amenées par des groupes mafieux ayant comme fond de commerce la traite d’êtres humains.
Ce paysage dystopique n’en a pas fini de s ‘étendre à la faveur d’un business toujours plus florissant ou le corps des femmes s’ancre comme une marchandise lamda sujette à la loi du marché.
Avec chaque jour, 10000 poids lourds qui stationnent et en moyenne 25000 français qui viennent consommer en période estivale, La Jonquera a encore de beaux-jours devant elle.

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